Appel à communication – Ecole inclusive et construction socio-territoriale du handicap

📆 Date Date limite de soumission des articles : 6 janvier 2020
📍Lieu IADT, Clermont-Ferrand
📥 Appel à communication_M2 ISDT

📆 6 janvier 2020 (date limite des soumissions)

Journée d’étude « jeunes chercheurs » organisée par les étudiants du master Innovation Sociale et Développement Territorial (ISDT) de l’Université Clermont Auvergne (UCA), le 13 mars 2020 à l’IADT.

 

D’après les statistiques récentes du Ministère de l’Education Nationale, le nombre d’élèves en situation de handicap scolarisés a quasiment été multiplié par trois depuis 2006. En effet, ils étaient environ 118 000 en 2006 contre plus de 340 000 en 2018 dans des établissements publics et privés sous contrat du premier et du second degré. Une telle augmentation nous amène à questionner la notion de handicap en milieu scolaire et de façon plus générale dans l’ensemble de la société. Nous souhaitons mettre ce questionnement en lien avec l’affirmation depuis les années 2000, d’une idéologie de l’inclusion dont la notion d’école inclusive est l’une des manifestations. Ce contexte nous incite en effet à une réflexion sur les modalités d’articulation dans le domaine éducatif, des notions de handicap et d’inclusion. A cet égard, l’école nous semble être un bon analyseur de la construction sociale du handicap et plus généralement de l’altérité. Nous nous questionnons également sur les résistances sociales à la mise en place des politiques publiques en faveur d’une éducation inclusive.

Nous invitons les chercheurs en sciences humaines et sociales, les jeunes chercheurs (masterant-e-s, doctorant-e-s, jeunes docteurs), et les acteurs (acteurs du monde éducatif et associatif, collectivités) à échanger regards et expériences.

L’augmentation spectaculaire du nombre d’élèves en situation de handicap confirme que les critères  de déficience, d’incapacité et de restrictions d’activité ne sont pas explicatifs de ce qui fait le statut de « handicapé » (Bodin, 2018). Dans ces conditions, l’approche socio-environnementale du handicap qui repose sur un lien de causalité entre ces trois critères, lien médiatisé par l’environnement, est remise en cause. Or, cette approche semble constituer la norme dans les milieux experts et académiques. Quels liens peut-on établir entre l’augmentation rapide du nombre d’élèves « à besoins éducatifs particuliers » et la montée en puissance de l’idéologie inclusive ? Doit-on penser que la notion d’école inclusive et les pratiques qu’elle induit contribuent à la production sociale du handicap ? Dans quelle mesure la substitution d’une idéologie de l’inclusion à une idéologie de l’intégration s’accompagne-t-elle d’un renouvellement des conceptions du handicap ? Si l’inclusion est nécessairement de l’ordre du relationnel, n’implique- t-elle pas une vision relationnelle du handicap telle qu’elle est défendue par Romuald Bodin ?

Comme catégorie de l’action politique, l’inclusion englobe les idéaux promus par les « disability studies » : capabilité, empowerment, égalité, diversité, participation (Pillant, 2019). Les sciences sociales ont abondamment montré comment ces principes pouvaient être mobilisés pour masquer des logiques de domination ou pour légitimer des agendas politiques. Qu’en est-il dans le domaine du handicap à l’école ? Comment ces idéaux imprègnent-ils les attitudes, orientent-ils les pratiques des acteurs ? Quels regards les acteurs de l’éducation inclusive portent-ils sur les notions de déficience, d’incapacité, de restriction d’activité ? De quelles façons ils s’approprient, reformulent, adaptent, détournent les normes de la société inclusive et les injonctions qui leurs sont adressées ? Si le paradigme de l’inclusion conduit à la prescription de normes, conduit-il dans le même temps à de nouvelles modalités de construction sociale du handicap ?

Ces questions ne sont pas limitatives. Cette journée d’étude se veut exploratoire et ouverte à toute proposition éclairant l’articulation entre l’école inclusive et les mécanismes qui instituent le handicap. Cependant, pour conserver une cohérence, nous attendons des propositions qui pourraient se rattacher aux axes suivants :

  1. Un axe territorial. La dimension territoriale de la construction sociale du handicap nous semble particulièrement prégnante dans le contexte d’affirmation de l’école inclusive dont les promoteurs réfèrent volontiers aux relations « horizontales ». Si, selon la formule de François Dubet « la société entre dans l’école », en retour, l’approche inclusive du handicap conduit l’école à investir le territoire. Cette dialectique école inclusive-handicap-territoire a d’ailleurs trouvé récemment une traduction institutionnelle dans le dispositif PIAL (Pôles Inclusifs d’Accompagnement Localisés).
  2. Un axe socio-anthropologique. L’école inclusive concourt à la construction du handicap comme catégorie de l’altérité. En instituant un environnement de pratiques pédagogiques guidées par les référents axiologiques de l’inclusion, l’école se saisissant du handicap participe-t-elle d’un renouvellement des rapports à l’Autre dans la société « occidentale » ? Ou s’agit-il d’un nouvel avatar de la médicalisation des comportements sociaux considérés comme problématiques ?

Modalités de soumission

Les communications attendues devront détailler soit les résultats d’une recherche théorique ou empirique touchant toute discipline (éducation, géographie, sociologie, anthropologie, santé, etc.), soit des retours d’expériences. Il n’y a pas de frais d’inscription pour la journée d’étude mais nous tenons à préciser que nous ne prenons pas en charge les frais de déplacements.

Le document à envoyer devra préciser : le nom et l’affiliation de l’auteur.e le titre, 5 mots clés et un résumé de l’intervention en français (minimum 1500 caractères/300 mots) mentionnant la problématique, le cadre théorique, les supports empiriques et les principaux résultats à l’adresse mail suivantes :

 

Bibliographie indicative

  • BARRY Valérie, 2018, « L’école inclusive au prisme de l’altérité », La nouvelle revue – éducation et société inclusives, n°82, pages 9 à 25.
  • BARTHELEMY Véronique, 2017, Vers la conceptualisation des pratiques de collaboration du Conseiller Principal d’Éducation dans un établissement scolaire inclusif, Sciences de l’Homme et Société, Université de Bourgogne – Franche Comté, 170 pages.
  • BLANC Alain, 2015, Sociologie du handicap, Paris, Armand Colin, 224 pages.
  • BODIN Romuald, 2018, L’institution du handicap. Esquisse pour une théorie sociologique du handicap, Paris, La Dispute, 181 pages.
  • CHEVALLIER-RODRIGUES Émilie, COURTINAT-CAMPS Amélie, De LEONARDIS Myriam, 2019, « Le sens de l’expérience scolaire d’élèves en situation de handicap », La nouvelle revue – éducation et société inclusives, n°85, pages 141 à 154.
  • De SAINT MARTIN Claire, 2018, « L’inclusion des élèves en situation de handicap au sein de l’école primaire au prisme de leur participation sociale », La nouvelle revue – éducation et société inclusives, n°83-84, pages 45 à 57.
  • DUBET François, 2010, « Les sociétés et leur école » in DUBET François, DURU- BELLAT Marie, VERETOUT Antoine, 2010, Les sociétés et leur école : emprise du diplôme et cohésion sociale, Paris, Le Seuil, pages 118 à 156.
  • EBERSOLD Serge, 2015, « Inclusif. Vous avez dit inclusif ? L’exemple du handicap », Eres, n°11, pages 57 à 70.
  • GOFFMAN Erving, 1975, Stigmate : les usages sociaux des handicaps, Paris, Éditions de Minuit, 176 pages.
  • MERINI Corinne, THOMAZET Serge, 2019, « Vers une société inclusive : des liens nécessaires entre formation, pratique et recherche », La nouvelle revue – éducation et société inclusives, n°85, pages 103 à 120.
  • PILLANT Yves, 2019, « Le paradigme de l’inclusion ou la société des singularités pour horizon », Pensée Plurielle, n°49, pages 11 à 24.
  • RABISCHONG Pierre, 2008, Le handicap, Paris, Que-sais-je ?, 128 pages. THOMAZET Serge, 2006, « De l’intégration à l’inclusion. Une nouvelle étape dans l’ouverture de l’école aux différences », Le Français aujourd’hui, n°152, pages 19 à 27.
  • WOLF Valérie (dir), 2019, « L’inclusion : entre injonction et participation ? », Pensée Plurielle, n°49, 178 pages.