Balloux Gabriel

Statut

Doctorant

Ecole Doctorale

Sujet de thèse

  • La filière bois et les usages des espaces sylvicoles dans le Massif central

Résumé

Contexte, enjeux

En 2014, les bois et forêts couvrent 31 % de la superficie de la France métropolitaine, avec une nette prédominance dans l’est de la France, les Landes de Gascogne et les Pyrénées. Le Massif central (GRECO G) possède un taux de boisement d’environ 35 % mais présente, en fonction des sylvoécorégions, de grandes variations en matière de taux de boisement (allant de 15-20 % dans la Marche et la Limagne à plus de 70 % dans les Cévennes), de composition en essences (sapin dans le Livradois, chêne pubescent dans les Causses, pin noir dans les Cévennes…), de régime de propriété (forêts domaniales dans les Cévennes, communales dans la Margeride, privées dans le Limousin…), de régime sylvicole (futaie dans le Livradois, taillis ou taillis-sous-futaie dans le Cantal…), et de productivité des forêts. Ces variations actuelles ont des causes climatiques, géologiques, historiques et politiques. (Guérin, 2015 ; Moriniaux, 1999…).

Le Massif central possède donc une trame forestière d’origine globalement récente ; il a en effet connu des changements majeurs dans son organisation paysagère avec :

  • depuis  le  milieu  du  XIXe   siècle  avec  une  dernière  phase  entre  1945  et  1975,  un phénomène de déprise agro-pastorale (phénomène passif) (Lefeuvre, 2013) conduisant à une progression  des  boisements  non  maîtrisés  par  l’homme  dont  la  nature  est  déterminée  par  des facteurs naturels ;
  •  surtout dans la seconde moitié du XXe siècle, un phénomène d’afforestation (phénomène actif) et notamment d’enrésinement (Dupuy, 1987 ; Guérin, 2015 ; Moriniaux, 1999 ; Ogé, 1986), déterminé par des considérations politiques, sociales et surtout économiques, menant à l’aspect actuel de nombreux secteurs du Massif central comme la Montagne limousine, le Livradois ou les Cévennes. Les essences résineuses peuvent elles-mêmes se subdiviser en essences indigènes (pin sylvestre) ou exotiques (comme le sapin de Douglas massivement planté depuis les années 1980).

Ces changements sont à la fois la conséquence et la cause de modifications dans le tissu social et économique rural ; ils impliquent nécessairement le passage d’un système à dominante agro-pastorale vers un système à nette dominante sylvicole (Abord de Chatillon et al., 2012). Cette « culture de la forêt » étant apparue bien plus récemment que dans d’autres régions forestières (Lorraine  notamment)  et  dans  un  contexte  très  différent,  on  posera  l’hypothèse  que  la  filière sylvicole n’a pas encore atteint un point d’équilibre dans son organisation et subit encore des ajustements. L’élaboration des documents d’orientation (PPRDF, SRGS) sur la base de régions administratives  indépendamment  des  sylvoécorégions  a  pu  contribuer  à  morceler administrativement la gouvernance de la politique forestière donc à retarder cet équilibre.

Si l’histoire des forêts du Massif central a été abondamment étudiée, la filière bois n’a fait l’objet que d’une approche pratique, économique (MACEO, 2011). Une analyse AFOM de la filière a été réalisée par Abord de Chatillon et al. (2012) mais selon un angle thématique et non géographique. Il n’existe donc pas à notre connaissance en géographie humaine d’étude de la filière sylvicole en fonction des sylvoécorégions, qui sont pourtant les entités territoriales les plus pertinentes en la matière. Dans tous les cas l’accent est mis sur les acteurs de la filière bois et non sur les autres catégories d’habitants ou d’usagers.

D’autre part, la prédominance économique de la sylviculture dans certaines régions du Massif central (Livradois) peut devenir une source de tensions entre acteurs locaux ayant des visions  divergentes de la forêt,  induire des  contraintes  pour l’économie locale (Dérioz,  1991 ; MACEO, 2011), et par conséquent se répercuter dans les politiques locales.

De plus, la sylviculture est en relation avec les autres usages des forêts. La pratique de la chasse, avec la question de l’équilibre agro-sylvo-cynégétique (voir p. ex. Wencel, 2006), fait l’objet de nombreuses thèses et études, quoique n’ayant généralement pas pour cadre le Massif central. La cueillette, quant à elle, est moins réglementée donc moins documentée ; Coujard (1982) évoque dans le Massif central – à l’inverse des Vosges – une pratique spatialement hétérogène et génératrice de conflits, dans une région où les forêts privées sont nombreuses. Outre ces deux activités principales, la randonnée, le cyclisme, l’équitation et autres sports de plein air, la pêche, le camping, les activités naturalistes, sont autant de loisirs dont l’impact sur la forêt, bien que faible a priori, n’est pas dépourvu d’aspects sociologiques intéressants, et leur articulation avec la sylviculture reste méconnue.

Enfin, le changement climatique engendre sur les forêts de montagne des impacts déjà observés (déplacement d’espèces vulnérables comme le hêtre, désynchronisations entre espèces) ou prévus à plus long terme sur la répartition des essences avec une progression plus ou moins massive (selon les scénarios) des essences méditerranéennes dans le Massif central (Labonne et al., 2018 ; Roman-Amat, 2007). Pour y faire face, Roman-Amat (2007) présente un ensemble de mesures pouvant être mises en place au niveau national et européen, donc avec une vision géographiquement large. Landmann et al. (2009), qui détaillent plusieurs scénarios de l’évolution future des forêts françaises, indiquent que la réorientation de la filière n’était pas encore envisagée en 2009 et évoquent la nécessité de mieux appréhender le positionnment des acteurs de la filière.

Problématique

Les questions auxquelles nous tenterons de répondre sont :

 

  • 1° Comment la filière bois est-elle structurée en interne et quelle est sa place dans le tissu socio-économique du Massif central ? Existe-t-il des disparités entre sylvoécorégions et comment peut-on les expliquer ?
  • 2° Quelle est la perception de la filière bois par les acteurs de la filière eux-même et par les habitants du Massif central ? Dans quelle mesure la filière dépend-elle de la population locale (utilisation locale des produits de la filière, emploi local, implication dans la propriété forestière) ?
  • 3° Comment la sylviculture s’articule-t-elle avec les autres usages de la forêt ? Dans quelle mesure interagissent-ils positivement ou négativement ? Comment ces usages se répartissent-ils entre population locale et touristes ? Dans quelle mesure le propriétaire de la forêt participe-t-il à concilier ces usages ? En ce qui concerne précisément la cueillette, nos conclusions rejoignent-elles celles de Coujard (1982) ?
  • 4° Comment ces perceptions et usages varient-ils en fonction de facteurs tels sylvoécorégions, régime de propriété, type de boisement, etc. ? Ces variations – si elles existent – sont-elles propres au Massif central ?
  • 5° Dans une optique de développement rural, nos résultats peuvent-ils servir à alimenter une démarche prospective de la filière sylvicole du Massif central, voire à proposer des actions concrètes pour ajuster l’organisation de la filière ou son rapport aux autres acteurs locaux ?
  • 6° Dans un contexte de changement climatique, dans quelle mesure la filière peut-elle s’adapter à un changement de stratégie ? Quel sera l’impact économique voire social de l’évolution future de la composition en essences forestières ?

Directeur de thèse

Co-directeur de thèse