🔎 Soutenance de thèse de Charlène Bouvier
đź“… 21 janvier 2026
📍 Université Lumière Lyon 2 (Palais Hirsch – salle Léonie Villard – 5 rue Chevreul – 69007 Lyon).

 

Charlène Bouvier

 

soutiendra sa thèse intitulée

 

L’agronomie française et la question de la prairie dans le temps de la modernisation agricole. Epistémologie historique d’une scientificité introuvable (1946-1974)

mercredi 21 janvier 2026 Ă  13h30

 

La soutenance aura lieu à l’Université Lumière Lyon 2 (Palais Hirsch – salle Léonie Villard – 5 rue Chevreul – 69007 Lyon). Une visio sera mise en place pour les personnes ne pouvant pas faire le déplacement.

 

Le jury est composé de :

  • Pierre Cornu, directeur de thèse, professeur des universitĂ©s en dĂ©tachement Ă  INRAE
  • Alain Chatriot, rapporteur, professeur d’histoire contemporaine, Sciences Po Paris
  • Julie Labatut, rapportrice, directrice de recherches en sciences de gestion, INRAE
  • Marie-Helène Jeuffroy, examinatrice, directrice de recherche en agronomie, INRAE
  • Cristiana Oghina-Pavie, examinatrice, maĂ®tresse de confĂ©rences en histoire contemporaine, UniversitĂ© d’Angers

 

Résumé

Cette thèse retrace l’histoire de l’agronomie de la prairie en France des débuts de sa structuration lors de la fondation de l’Inra en 1946 jusqu’à sa quasi-dissolution au milieu des années 1970. Durant cette période caractérisée par la conjonction des volontarismes professionnel, étatique et scientifique pour moderniser l’agriculture française, et singulièrement ses productions animales, la prairie s’impose aux agronomes comme un défi scientifique de premier plan, et ce malgré sa marginalité à la fois en tant que ressource agricole et que domaine de recherche.

Malgré la notoriété des acteurs et des arguments de la controverse de l’après-guerre sur la prairie permanente, ce sujet n’avait jamais été abordé selon la méthode historique et son matériau n’avait pas encore été rassemblé. Fondée sur la lecture d’archives scientifiques et institutionnelles, le dépouillement de revues spécialisées et l’analyse des entretiens de la base des archives orales de l’Inra, cette thèse mobilise pour l’étude d’une science appliquée en gestation les outils de l’épistémologie historique posés par Ludwik Fleck (1935), et notamment les concepts de « collectif de pensée » et de « style scientifique », pour tenter de cerner ce qui fait l’originalité de l’agronomie de la prairie telle que développée en France à partir du constat d’épuisement du modèle agropastoral français à la Libération.

ÉlaborĂ©e par une poignĂ©e d’agronomes aux trajectoires et aux rĂ©seaux scientifiques nationaux et internationaux variĂ©s, l’agronomie de la prairie constitue un front de connaissance particulièrement actif pendant près de trois dĂ©cennies, en quĂŞte d’une mise en science qui se veut aussi une mise en rationalitĂ© et en normativitĂ© d’un objet dont les feedbacks ne cessent pourtant de remettre en cause les outils forgĂ©s pour le penser et le saisir. Approches rĂ©ductionnistes ou holistes, physico-chimiques ou biologiques, par la plante, le sol ou l’eau se succèdent, s’affrontent, s’hybrident, sans parvenir Ă  produire ni un Ă©tat de l’art
incontesté ni des prescriptions consensuelles. C’est justement l’échec répété de cette entreprise de connaissance, associé à sa performativité paradoxale dans la recomposition des paysages agricoles français, qui en fait l’intérêt historique.

Inscrite dans le champ de l’histoire des sciences et des techniques, cette thèse ouvre à la fois sur une épistémologie historique de l’impossible maîtrise de la complexité de ce que l’on appellera par la suite « agroécosystème », et sur une analyse écologique et critique du dialogue entre la recherche comme institution, l’élevage comme pratique et la prairie comme ressource. Conçue dans une lecture co-évolutive des dynamiques sociales et écologiques de l’agriculture, cette thèse analyse la tentative de mise en scientificité et en normativité de la prairie comme un dialogue asymétrique entre sujets et objets de la recherche appliquée,
intégrant à l’analyse les attentes professionnelles, les politiques publiques et la dynamique de structuration de la recherche agronomique. Les re-problématisations successives de l’agronomie de la prairie apparaissent ainsi non comme la progression linéaire d’un domaine de la connaissance, mais comme des réajustements complexes, dans lesquels la prairie elle-
mĂŞme est une partie prenante.

Par son entrée épistémologique au ras du dialogue expérimental avec le vivant, cette thèse propose une analyse renouvelée de la modernisation agricole et des rapports de force et controverses qui en jalonnent l’histoire, en dépassant le dualisme des lectures en termes d’adhésion ou de contestation, au profit d’une conception intégrative de la dynamique sociotechnique, cognitive et écologique qui porte ce processus historique.