🔎 Appel à artilcles
📅 Date limite de soumission des résumés : 20 avril 2026
📍 Revue "L'espace géographique"

 

Géographies et mines

Perspectives théoriques et épistémologiques

 

Appel à articles pour un numéro thématique dans

L’espace géographique, 2027

 

Argumentaire

 

Cet appel à contributions inaugure la préparation d’un numéro spécial de la revue L’Espace géographique, entièrement dédié à l’étude des espaces miniers et de leurs multiples enjeux, envisagés à travers le prisme des chercheur·e·s en géographie. L’ambition est d’offrir un espace de réflexion collective sur la manière dont la géographie, en tant que discipline, a construit, transformé et questionné ses approches de l’activité minière, depuis les premières analyses des ressources jusqu’aux lectures critiques contemporaines.

Une lecture historiciste de la géographie permet de retracer l’évolution des regards portés sur les espaces miniers, en analysant les termes, les concepts et les paradigmes successivement mobilisés pour les décrire et les interpréter. Au cours du XXe siècle, la géographie des mines a connu une profonde mutation : d’abord centrée sur une approche descriptive et fonctionnaliste des ressources (localisation des gisements, organisation des régions industrielles, logiques d’exploitation), elle a progressivement  étudié les processus de valorisation patrimoniale, notamment en Europe, avec la reconnaissance des paysages et des héritages miniers au moment du déclin de l’industrie extractive traditionnelle. Depuis les dernières décennies, un tournant critique s’est opéré, marqué par l’émergence de nouvelles problématiques et de nouveaux objets d’étude. La géographie des mines s’est ainsi ouverte à de nouveaux questionnements : analyse des risques environnementaux et sanitaires liés à l’extraction, étude des nouvelles exploitations stratégiques (lithium, cobalt, terres rares) dans le cadre de la transition énergétique, cartographie des réseaux d’approvisionnement et des chaînes de valeur mondiales, exploration des fronts miniers et des dynamiques extractivistes, sans oublier les enjeux de justice spatiale et d’inégalités environnementales.

Ces évolutions témoignent d’un élargissement des perspectives, où l’activité minière n’est plus seulement envisagée comme un secteur économique ou une ressource matérielle, mais comme un phénomène complexe, à la croisée de dynamiques écologiques, politiques, culturelles et territoriales. Cette évolution va dans le sens d’une théorie des « savoirs situés » (Haraway, 1988), où les connaissances produites sur les mines sont indissociables des contextes historiques, sociaux et territoriaux dans lesquels elles émergent. Les approches géographiques des mines mettant l’accent sur la matérialité et leur inscription à la fois locale et  globale sont privilégiées. Par ce biais, on peut interroger la façon dont elles incarnent un certain rapport à la Terre qui peut fluctuer en fonction de dynamiques plus globales. Elles invitent également à une réflexion sur les positionnements des chercheur·e·s, dont les approches théoriques et les méthodes sont nécessairement influencées par les terrains étudiés et les acteurs avec lesquels ils·elles interagissent.

Ce numéro repose sur l’idée que la “mine” et les “espaces miniers” constituent un objet d’intérêt dans leur capacité à mettre en tension les dualismes fondateurs de la géographie – nature/société, local/global, technique/politique, matérialité/imaginaires. Ils sont un cas d’espèce à partir duquel observer comment la géographie se positionne par rapport à d’autres sciences (géologie, économie, sociologie, anthropologie, histoire). Ils sont un analyseur de la navigation des  géographes au travers de champs interdisciplinaires (sustainable transition studies, political ecology, etc.). Ces tensions invitent à repenser les manières dont les géographes appréhendent le monde, en dépassant les cloisonnements traditionnels pour embrasser une approche relationnelle mêlant constructivisme, systémique et analyse des rapports de pouvoir (Blot, Besteiro, 2017). Que ce soit dans les sustainable transition studies où l’extraction des métaux critiques (lithium, cobalt, terres rares) soulève des questions environnementales et sociales (inégalités environnementales, justice environnementale), ou dans la political ecology, qui analyse les rapports de pouvoir, les conflits et les résistances liés à l’extractivisme, la géographie y joue un rôle central. 

Les revues de littérature récentes dans ce domaine (Butters, 2025 ; Karakaya, Nuur, 2018 ; Soto-Vázquez, 2025) révèlent des évolutions théoriques et épistémologiques que ce numéro souhaite explorer en profondeur et de manière qualitative, en interrogeant spécifiquement la contribution de la géographie contemporaine. Ces travaux montrent que cette dernière ne se contente plus d’une approche descriptive ou sectorielle, mais qu’elle développe des lectures critiques, réflexives et engagées. Il suffit pour cela de se pencher sur des travaux récents réalisés sur des espaces miniers pour mesurer à quel point ils soulignent les rapports de pouvoir dans l’activité minière à toutes les étapes de sa mise en œuvre (Denoël, 2019), développent des lectures décoloniales des projets miniers (Ferrant, 2025) ou mettent en œuvre des méthodes participatives et réflexives (Pagnier, 2025).

Ce numéro souhaite donc explorer en profondeur et de manière qualitative ces évolutions, en interrogeant spécifiquement la contribution originale de la géographie contemporaine à l’étude des mines. Il propose d’interroger la manière dont les géographes développent des méthodes et mobilisent des concepts, en dialoguant avec un objet – la mine, les espaces miniers – dont l’hybridité physique et sociale est assumée comme une innovation théorique (en référence notamment aux socio-natures de la political ecology). Il s’agit également de questionner la place de l’étude des mines et des espaces miniers dans les inflexions théoriques de la discipline et dans la réflexion sur les postures de recherche en géographie (telles que l’émergence de la co-recherche). Cette approche permet de souligner comment ces terrains miniers, à la croisée des dimensions matérielles et relationnelles, favorisent une réflexivité accrue sur les pratiques scientifiques elles-mêmes. On comprendra ici qu’il ne s’agit pas de produire un catalogue de monographies descriptives mais bien d’exercice réflexifs à même de donner à voir la science en train de se faire. Nous proposons à chacun.e un temps de réflexion sur sa manière de voir et de mettre en œuvre une géographie de la « mine » (approches théoriques, concepts, méthodes) dans un contexte historique et spatial spécifié. 

Plusieurs pistes de questionnement sont proposées :

  • Quels cadres conceptuels et méthodologiques façonnent ou ont façonné la géographie des « mines » ?
  • Les géographies des mines et des « espaces miniers » et « post-miniers » sont-elles révélatrices de tensions entre approches sectorielles du milieu (physique, social) ou du territoire  et/ou entre postures (réaliste, constructiviste) ? Quel est leur impact dans la production des savoirs et dans leur appropriation par les acteurs concernés ? 
  • Quelles lectures critiques, cadres analytiques et conceptuels permettent de repenser les enjeux miniers (ressources, patrimoines, territoires, environnement, inégalités, injustices, extractivismes, colonialismes), et dans quels cadres inter- ou transdisciplinaires (géographie relationnelle, political ecology, sustainable sciences) ?
  • Dans quels contextes territoriaux sont élaborés les catégories d’analyse et les catégories de la pratique ? Comment circulent-elles et se transforment-elles à l’épreuve d’autres terrains ? Observe-t-on des effets de propositions théoriques différentes en fonction des lieux de leur production « new geographies of theory » (Roy, 2009) dans les recherches sur les mines ?

Ce numéro thématique se veut un espace de dialogue et de réflexion collective sur la manière dont la géographie, en tant que discipline, appréhende les enjeux miniers contemporains. 

N’hésitez pas à nous solliciter pour échanger sur votre projet de contribution ou pour toute question relative à cet appel.

Coordination

Processus de publication

Photo : Sinking’ trees – (energy) landscape in the course of time – © Juliane Ribbeck-Lampel
https://www.arl-international.com/knowledge/galleries/photo-contest-2025-future-now#&gid=1&pid=7

Références

  • AGRAWAL, A. (2005). Environmentality: Community, intimate government, and the making of environmental subjects in India. Durham, NC : Duke University Press. ISBN 978-0-8223-3571-4. 323 p.
  • BEDNIK, A. (2016). Extractivisme : Exploitation industrielle de la nature : logiques, conséquences, résistances. Montreuil, France : Le Passager clandestin. ISBN 978-2-36935-057-6. 496 p.
  • BRIDGE, G. (2008). Global production networks and the extractive sector: Governing resource-based development. Journal of Economic Geography, 8(3), pp. 389–419. https://doi.org/10.1093/jeg/lbn009.
  • BUNKER, S. G., & CICCANTELL, P. S. (2005). Globalization and the race for resources. Baltimore : Johns Hopkins University Press. ISBN 978-0-8018-8243-2. 224 p.
  • BUTTERS L. (2025). “Mining space and sustainability: A systematic review”, The Extractive Industries and Society, Vol.22, 101623.
  • DENOËL M. (2019). Rapports de pouvoir dans l’activité minière, entre modèle néo-extractiviste et variations territoriales : le cas des provinces de Jujuy, San Juan et Mendoza en Argentine. Géographie. Université Toulouse le Mirail – Toulouse II, 2019. Français. ⟨NNT : 2019TOU20039⟩. ⟨tel-03194517
  • Ferrant, A. (2025). Une lecture décoloniale des projets miniers de la transition : pistes de réflexion pour déconstruire et (re)penser la transition énergétique. Revue Organisations & territoires34(1), 88–111. https://doi.org/10.1522/revueot.v34n1.1915
  • GIBSON, G. R. (2012). Mining and sustainability in developing economies : A geography compass. Geography Compass, 6(12),  pp. 722–736.
  • HARAWAY D. (1988). ‘Situated Knowledges: The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective’, Feminist Studies 14:3, pp. 575–99.
  • HARVEY, D. (1973). Social justice and the city. London : Edward Arnold. ISBN 978-0-7131-5767-5 (réédité en 2009 par University of Georgia Press). 336 p.
  • KARAKAYA E.NUUR C. (2018). “Social sciences and the mining sector: Some insights into recent research trends”, Resources Policy, Vol.58, pp. 257‑267.
  • PAGNIER M. (2025). Pour des permanences architecturales de recherche De l’émergence du commun dans un coron. Agencements, 13(2), 78-97https://doi-org.gorgone.univ-toulouse.fr/10.3917/agen.013.0078.
  • ROBINSON, C. (2012). Mining in the Global South : A study of the environmental impact and socioeconomic effects. Journal of Development Geography, 13(1), pp. 45–62.
  • ROY A. (2009). “The 21st-Century Metropolis: New Geographies of Theory”, Regional Studies, Vol.43, N°6, pp. 819‑830.
  • SOTO-VÁZQUEZ R. (2025). “Contributions of geography to the study of mining in Latin America: a bibliometric analysis”, GeoJournal, Vol.90, N°4, 198.
  • SWYNGEDOUW, E., & GARCÍA, M. J. (2010). The political economy of the water and mining nexus in the Global South. Review of Radical Political Economics, 42(4), pp. 471–489.
  • ZIMMERER, K. S., & BASSETT, T. J. (Eds.). (2003). Political ecology : An integrative approach to geography and environment-development studies. New York : Guilford Press. ISBN 978-1-57230-917-4. 303 p.