🔎 Soutenance de thèse
📅 19 juin 2026
📍 Université Montpellier Paul-Valéry, Site Saint-Charles 1, Salle des Actes n°011

Mathilde Bréant

 

soutiendra sa thèse intitulée

 

La négociation sanitaire à l’épreuve de l’invisible
La gouvernance territorialisée de la tuberculose bovine en Corse

vendredi 19 juin 2026 à 14h

à l’Université Montpellier Paul-Valéry

 

 

Ce travail a été mené sous la direction de Christophe-Toussaint Soulard (INRAE) et de Lucette Laurens (Université Paul Valéry Montpellier 3), co-encadrée par Sébastien Gardon (INRAE – UMR Territoires – VetAgro Sup) et Marie Gisclard (INRAE – UMR AGIR). La thèse, financée conjointement par l’UMR Territoires (VetAgro Sup) et l’UMR SELMET (INRAE), s’est déroulée au sein de l’UMR AGIR à Toulouse.

 

La soutenance est publique et aura lieu à l’Université Montpellier Paul-Valéry, Site Saint-Charles 1, Salle des Actes n°011.

Une retransmission en visioconférence est également prévue et accessible via ce lien : https://inrae-fr.zoom.us/j/8654188295?omn=95506032221.

Jury :

  • Delphine BERDAH, Maîtresse de conférences en histoire, Université Paris-Saclay,
  • Jean-Noël CONSALÈS, Professeur de géographie, Université Lumière Lyon 2 , Rapporteur.
  • Lucette LAURENS, Professeure de géographie, Université Paul Valéry Montpellier 3, Co-directrice de thèse.
  • Gwenola LE NAOUR, Maîtresse de conférences, HDR en sciences politiques, Sciences Po Lyon, Rapporteure.
  • Éric ROUVELLAC, Professeur de géographie, Université de Limoges, Examinateur
  • Christophe-Toussaint SOULARD, Directeur de recherche en géographie, INRAE, Co-directeur de thèse.

 

Résumé : La tuberculose bovine est une maladie zoonotique qui fait l’objet de politiques publiques sanitaires visant son éradication en Europe. Pourtant, malgré le statut officiellement indemne de la France depuis 2001, on observe une persistance de foyers sur le territoire. La Corse, notamment, fait partie des régions où la maladie est la plus présente, devenue multi-espèces, révélant les limites d’une action publique standardisée pour en maîtriser la progression, lorsqu’elle se confronte à des configurations territoriales et des pratiques d’élevages hétérogènes. L’enjeu de cette thèse est ainsi de comprendre comment des politiques sanitaires conçues à des échelles nationales et européennes se traduisent, se négocient et se transforment à l’échelle locale, dans un territoire marqué par des contraintes géographiques fortes, une grande proximité entre la faune sauvage et la faune domestique, des pratiques d’élevage extensives et une faible structuration professionnelle des élevages bovins. Elle interroge plus largement les conditions dans lesquelles la gestion sanitaire peut faire l’objet de formes de différenciation spatiale, lorsque l’application uniforme des instruments d’action publique se révèle difficilement opérante dans certains contextes territoriaux. Ce travail de recherche vise alors à étudier comment la gouvernance de la tuberculose bovine se déploie en Corse, où les normes sanitaires nationales se heurtent à des pratiques d’élevage, des dynamiques territoriales et une structuration locale qui les rendent inopérants, conduisant à l’émergence de modalités d’action publique plus territorialisées. Pour ce faire, la première partie présente l’approche interdisciplinaire croisant géographie de la santé et analyse des politiques publiques, ainsi que la méthodologie qualitative mobilisée, reposant sur des entretiens menés auprès d’éleveurs, vétérinaires ou encore acteurs institutionnels, complétés par des observations de terrain et une analyse socio-historique des dispositifs de lutte contre la maladie. La deuxième partie revient sur la façon dont la tuberculose bovine s’est progressivement imposée comme enjeu sanitaire majeur et retrace la construction de sa gouvernance, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle territoriale, en Corse. Elle expose la prise en charge publique progressive de la maladie par des politiques d’éradication qui reposent sur des instruments standardisés et des procédures uniformes. En Corse, elles se heurtent à l’hétérogénéité des pratiques d’élevage et à la diffusion multi-espèce de la maladie, dans un territoire où elle est longtemps restée peu visible. C’est dans ce contexte qu’a pu émerger une gouvernance territorialisée de la maladie, avec des instruments sanitaires pensés à partir des contraintes des systèmes d’élevage et du territoire. La troisième partie s’intéresse au déploiement des instruments d’action publique sanitaires en Corse et à leurs usages situés, en montrant que leur opérationnalisation dépend de contournements, de négociation, d’adaptation, ou d’innovations locales. Ces processus impliquent notamment des acteurs intermédiaires essentiels dans les processus de traduction des politiques publiques en pratiques. Elle met aussi en évidence des zones d’incertitudes persistantes, liées à la faune sauvage et aux bovins en divagation. Ces situations révèlent les limites de cette l’publique sanitaire et contribuent à une coexistence durable avec la maladie sur le territoire. Enfin, la thèse souligne sur l’intérêt de penser des politiques de santé animale attentives aux pratiques des acteurs chargés de les appliquer et aux contraintes et ressources propres aux territoires. Nos résultats invitent à approfondir l’étude des processus de gouvernance sanitaire territorialisés et décloisonnés vers des formes de différenciation spatiale de la gestion sanitaire.